Articles

La vérité sur l’insonorisation des logements

Mai 6, 2016

Le plafond et les murs ont été insonorisés? Attention! L’insonorisation avec un seul matériau est rarement satisfaisante. Et les assemblages de matériaux sont souvent mal réalisés. Quelques notions d’insonorisation.

Insonorisation dans un vieux logement
Les vieux logements sont souvent mal insonorisés. PHOTO : Inspecteur D

Au prix que vous vous apprêtez à payer pour votre futur logement, vous ne voudrez sûrement pas revivre vos cauchemars de locataires, quand les bruits de pas et les activités nocturnes de vos voisins vous faisaient rager.

On voit de plus en plus de propriétés à vendre avec des mentions comme « plafond insonorisé » ou « insonorisation supérieure ». Sachez que l’injection de cellulose est insuffisante. Et que pour véritablement insonoriser un plafond, il faut surtout s’attaquer au plancher du logement au-dessus!

L’ajout d’un seul matériau, comme un deuxième gypse ou un panneau de fibre de bois de type « Sonopan », peut contribuer à réduire la transmission du son d’un logement à l’autre, mais seulement partiellement.

Les assemblages de matériaux sont souvent fautifs. Mal disposée, la combinaison « Sonopan-barre résiliente-deux gypses » peut même amplifier la transmission du son!

« Pour être efficace, la barre résiliente doit être installée sur un vide d’un pouce et demi, explique l’acousticien Jean Laporte. Appliquée directement sur le gypse, la barre résiliente produira un effet de piston. » Certains sons s’en trouveront amplifiés.

Sur le marché immobilier

Ce ne sont pas tous les vieux bâtiments en rangée qui sont séparés par des murs de blocs de béton capables de stopper la transmission du son de la plupart des activités quotidiennes. Et d’un étage à l’autre, il y aura aussi des « infiltrations sonores », bien au-delà des bruits de pas.

Dans le parc de condos récents, il faut aussi se méfier. Le Code de construction ne stipule aucune norme pour les bruits d’impact. Pour les bruits aériens, le minimum exigé des constructeurs est de 50 STC entre les logements. On devrait plutôt viser 55, voire 60 STC.

« À 50 STC, c’est deux fois mieux que dans les vieux duplex et triplex, mais vous pourrez quand même entendre votre voisin qui ronfle terriblement et son réveil matin qui sonne sur le bord du mur » – Jean Laporte, acousticien, Acoustikalab

Un tabou

L’insonorisation est un véritable tabou en immobilier. Le courtier et le propriétaire vendeur n’osent pas trop en parler, de peur de semer un doute chez l’acheteur. Les constructeurs préfèrent également taire la question, même quand ils ont dépassé les normes minimales, afin de ne pas créer des attentes trop élevées.

Pour obtenir les réponses les plus franches sur la qualité d’insonorisation, les meilleurs interlocuteurs sont les voisins. Il se pourrait même que les vendeurs partent parce qu’ils n’en peuvent plus de les entendre!

Avant d’appeler un acousticien pour réaliser des tests coûteux, on peut faire ces petits tests, même en contexte de transaction immobilière. Il suffit d’être deux : un dans le logement convoité, l’autre chez le voisin. Vous pouvez :

  • faire vibrer un téléphone sur le plancher
  • parler à voix haute
  • marcher avec des talons hauts
  • allumer une radio ou un téléviseur

Béton et bois

Idéalement, les cloisons séparant les logements seront en blocs de béton creux, ou en béton coulé. La masse du béton est suffisante pour étouffer la plupart des bruits aériens.

D’un étage à l’autre, des planchers de béton sont souhaitables, même si le béton transmettra certains bruits d’impact, comme celui d’une casserole qui tombe sur la céramique de la cuisine.

Le bois étant plus souple que le béton, il est plus facile de lui communiquer une vibration, comme celle provoquée par les pas. Une structure en bois permet l’usage d’une variété de matériaux (gypse, barres résilientes, laine insonorisante) et de techniques d’insonorisation, mais encore faut-il que le travail ait été bien fait.

Des entreprises de consultation comme Acoustikalab offrent des tests de transmission du son. Le coût est d’environ 750 $ par test. L’acousticien devra avoir accès au logement voisin pour y générer le bruit aérien ou le bruit d’impact.

Test de cloison – transmission aérienne du son

Source : Jean Laporte, Akousticalab

Test de vibration – transmission des bruits d’impact

Source : Jean Laporte, Akousticalab

Les constructeurs, les ingénieurs et même les architectes comprennent mal les principes de la transmission du son, affirme Jean Laporte. « Les seules choses qui arrêtent le son, ce sont de la masse et des déconnexions mécaniques. » Par exemple, on utilisera deux épaisseurs de gypse pour créer de la masse et des barres résilientes (montants métalliques) pour « déconnecter » les matériaux solides composant le mur.

Les travaux d’insonorisation sont coûteux et les résultats sont parfois décevants. Une fois le plancher et le plafond insonorisés, on découvre que les murs sont aussi des voies d’infiltrations sonores.

« Après des travaux d’insonorisation, on tend l’oreille (pour noter s’il y a amélioration). Plus on tend l’oreille, plus on perçoit. Et plus on perçoit, plus on tend l’oreille », explique Jean Laporte. « Plus on focalise sur un bruit, plus il devient irritant », ajoute-t-il pour illustrer les dimensions psychologiques de l’insonorisation.

Pour minimiser le coût des travaux, on se concentre sur les pièces sensibles. Dans la chambre à coucher, on arrache toutes les cloisons et on y met le paquet pour l’insonoriser. Ailleurs, on se contente d’améliorer le plafond.